vendredi 7 octobre 2011

Un début - EDIT



Louis fut stupéfait de n'avoir su apercevoir de signe avant-coureur à la prise de congé finale du Libraire. Celui-ci avait cédé le trousseau de clés de la boutique à un autre, fermant simplement le rideau métallique sur sa vitrine en veilleuse, et ouvrant sa retraite.
Ni Au revoir ni calembour discret n'avaient donc annoncé la fin de leurs dialogues lettrés et chaleureux. Le Libraire s'en était allé. Louis resta interdit et vexé de n'avoir eu legs d’aucune dédicace ou ristourne exceptionnelle, rien qui n'eut pu éveiller sa vigilance sur l’inattendu. Un départ pour une arrivée, tel était le troc dont Louis devrait s’accommoder, dans le doute, le souvenir, le regret. Cet échange était totale injustice, comment peut-on oser mettre un vendeur de livres à la place de son libraire, Le Libraire ? Louis ne traîna pas entre les rayons, il était encore le seul client à cette heure précoce, le nouveau pourrait le remarquer, on pourrait lui parler. 

lundi 3 octobre 2011

j'appris à lire sur le tard-2

 Mes ongles courts et vernis cliquetant sur la tablette, bande sonore chamarrée à défaut de pile de mots muette, ma pile de fierté en prose, ma figure de voyage. L’absence de livres choisis m’apparut comme une violente mise à nu, et si rien ne permettait de présenter ma personne de manière indirecte à l’occupant de la place voisine, je ne me sentis pas plus apte à le faire de manière frontale. Pas de livres donc. Oubliés à bord de la Skoda noire me menant à la gare. Enfoncée dans mon siège, j'anticipai déjà les heures d’ennui sans bouquin à la villa, en évinçant celles qui s’annonçaient au cours de ce Paris-Fréjus. J’imaginai Henri pathétiquement heureux de trouver sa femme sans arme, heureux de combler le silence à coup de phrases que nous n’avions jamais eu à se dire. Il faudrait dire des choses le matin, parler à l’heure de la sieste, commenter la journée passée, envisager le lendemain en débarrassant la table du dîner. Henri devint soudainement à mes yeux une sorte de monstre d’égoïsme, incapable de taire sa joie, préadolescent de soixante-trois ans déversant sur moi une candeur puérile que mon rythme parisien parvenait à entraver. Maudite villa, maudit Sud.