Je me souviens les effluves douceâtres d’oignons et de pasturma émanant de la cuisine de mon oncle , prince du syllogisme, lorsque celui-ci m’exposa, si naturellement qu’on eut cru qu’il le fit pour la première fois, l’Histoire en accéléré des grands penseurs de nos ères. De ma mémoire de petite fille, voici ce que je puis aujourd'hui recouvrer de ce récit et le remanier à ma sauce :
« Depuis que l’Homme est homme et puisqu’il faut bien s’y faire, certains de son espèce ont dit des choses puissantes sans toutefois les faire. Vois-tu ma chère nièce, il y a quelques milliers d’années, Moïse a dit, frappé par la Lumière et frappant la pierre et tapant du pied: « tout est loi ». Bien plus tard, mais pas bien loin de ces terres sacrées, Jésus a dit « tout est amour », avant de distribuer des pains. De révolutionnaire en révolutionnaire, les ères ont passé et les révolutions trépassé, il faut atteindre le début du 19ème siècle pour voir naître Marx, qui a dit « tout est argent ». Heureux de ce postulat mais d’un caractère plus poussif et intéressé par le profit capitaliste protestant, Rockfeller a alors dit « tout est à vendre ». Quant à celui que l’argent ne rebutait pas non plus - faut pas déconner on était quand même à Vienne !- Freud a dit « tout est dans la tête ». Vint alors le plus membré entre les oreilles ainsi qu’entre les cuisses d'entre tous, et Einstein a dit « tout est relatif ».(note pour moi-même: "d'entre tous" est toujours délicat à placer au bon endroit; à moins que ça ne soit plutôt "entre les cuisses").
Sur la relativité, j’aimerais me pencher un peu ensuite, mais l’abyssale béance de mon oisiveté actuelle, toute chômedusienne que je suis, me permet de vautrer plaisamment mon temps dans la contemplation de ces douces mémoires. Primo, car mon oncle manie la casserole à en repeindre le ciboulot de séquelles émotives pleines de cumin et d’herbes jusqu’à la fin de nos jours ;
deusio, car la pré-trentenaire que je deviens, toute disposée à enfanter, se rappelle avec délectation les rictus et regards mi-gênés mi-satisfaits de ses jeunes parents voyant leur progéniture rire de leurs conversations d’adulte ;
tertio, car repenser à cette blague romancée fait renaitre en moi l'espoir que de jolies têtes bien faites tirent les fils de notre Histoire. Le soir où mon oncle me raconta cette Histoire sympathique, la conversation des adultes devait tourner, de mémoire, autour du judaïsme. C'est parce qu'elle parlait de grands hommes juifs que cette histoire tombait bien et était drôle, mais hors contexte je trouverais plus équitable de lui ajouter un peu d'œcuménisme ou même d'athéisme, bref de penser à tous les autres fondateurs pas forcément juifs. Qu'ils nous instruisent et nous fassent avancer encore, à coups de théories, dogmes et spéculations!
Lechaim, Shalôm, j’ai envie de dire, mais aussi Be yourself – Lady Gaga is the best ever- et ne mets pas tes doigts dans ton nez.